You’re so sexy, you’re so sexy, he would keep saying.
Une nuit de vodka shots à Shanghai. Une longue nuit chinoise consommée. Dong.
Really handsome but far too tiny for me… et puis on ne passe pas du coq à l’âne comme ça.
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Markus et Sven et les autres étaient sur le départ.
Leur temps à la CAA s’était écoulé, après quatre semaines tantôt chaotiques tantôt réjouissantes auprès des étudiants chinois. Au moment de faire leur valise dans la chambre ils m’avaient laissé
un bol, des baguettes, et une raquette de ping-pong, une planche à légumes dont je me servis comme planche à dessin parce ça ne mange pas de pain. On a arrosé une grande fête le dernier soir
après l’exposition des élèves et le lendemain je me suis retrouvée à Shanghai avec Claudia et Dong sans trop comprendre comment…
Ce soir-là mes nouveaux voisins européens venaient d’emménager dans la prison je veux dire le campus parce que l’école bientôt rouvrirait, on se sentait solidaire déjà sans se
connaître, et ça me rendait moins triste par rapport au départ des allemands que je commençais à bien apprécier.
Ce soir-là j’ai voulu offrir des bières à tout le monde je me suis servie dans le frigo de la cantine tout a glissé sur moi on sait que je n’ai pas vraiment le sens pratique les
bouteilles en morceaux mille sur mes jambes toujours nues coupées en sang, c’était pas très beau à voir mais le mal était moindre, j’avais aussi cassé depuis mon arrivée mon grand vase en y
trempant mes pinceaux le capuchon de ma théière la poignée arrière d’un taxi c’est de la daube les poignées chinoises c’était pas vraiment de ma faute on ne pas dire que j’ai autant de force dans
les mains, quoique, j’ai aussi cassé le robinet des toilettes des filles, pas dévissé non, cassé le bout de métal entre mes doigts…
Ce soir-là j’avais décliné l’invitation de Ding pour aller à la piscine parce que je voulais assister à la fin du workshop des allemands, et voilà que je me suis retrouvée avec
Dong, qui m’a emmenée à Sahnghai pour cinq jours féeriques à survoler la ville les lumières et le temps.
Chez Dong, avec Dong et Claudia.
Claudia, c’était l’artiste sud-africaine, elle avait invité ce dernier jour à l’Académie un de ses anciens élèves chinois en Allemagne, enfin elle avait invité un chinois qui avait
été son élève à Berlin, Dong, quoi.
Claudia, j’aurais bien aimé l’avoir eu comme professeur de peinture si j’avais fait les beaux-arts, son travail est tellement sensible et significatif, ses dessins des bouffées
d’air imprégnées d’eau, elle en parlait avec une nostalgie si naturelle, Claudia la seconde d’une grande famille Sud-Africaine des frères et sœurs de tous les côtés, je m’identifiais d’emblée à
elle et ses peintures, bien sûr, comment ne pas.
Dong, lui aussi il était peintre et j’ai été bluffée par trois tableaux au mur, chez lui. Profondément. Son appartement dans un quartier résidentiel et calme de Shanghai, deux
salles de bain le grand luxe un piano le pied, des toilettes des vraies et propres trop de la balle, un grand lit, un très grand lit…
Pour une longue nuit de cinq jours à Shanghai en hôtes privilégiées.
Un rêve éveillé un peu flou déjà loin,
Shanghai le rouge et le noir, les lumières le jour la nuit, qui clignotent à travers la vitre de la voiture défilent,
Des étoiles multicolores grattant le ciel si grands les immeubles sur lesquels elles s’accrochent,
Shanghai un grand champ irrégulier de sapins de Noël tout au long de l'année,
une forêt festive qui te happe de tout son faste électrique,
un labyrinthe géant où tu peux plonger bien profond dans le noir
sans voir.
Comment dire comment raconter les promenades, les marchés, la traversée dans les perpétuels embouteillages sous des dizaines de drôles d’échangeurs dans tous les sens, le Cinquième
Élément les voitures tu croirais qu’elles volent, Blade Runner dans le futur, le pneu qui crève dans une ruelle au cœur des plus grands gratte-ciels en construction toujours plus hauts
surplombant le Bund, les quartiers cosi juste faits pour les étrangers, leurs boutiques de luxe l’architecture de l’ancienne concession française les maisons abandonnées habitées dans la nuit,
les baraques marquées du signe « à démolir » caché par un linge qui pend ou par l’odeur du riz en train de cuire, la soupe de poisson du restaurant japonais, le Hot Pot à l’agneau et à la
coriandre que j’ai quand même avalé, les brochettes épicées sur le trottoir au bord de la route assis sur un mini tabouret en plastique comme celui de la Vieille à la Soupe qu’on avait cassé avec
Chloé et Laëti le premier jour à Hanoï, les dumplings fourrés au crabe les meilleurs de ma vie entière du meilleur restaurant de dumplings de Shanghai classé dans les Top 10 du meilleur des
mondes entiers, et Big Brother, des Mao par milliers et même des Che Guevara presqu’autant qu’à la Havane, Mao et Che, les puces, les veilles affiches de propagande enroulées dans mon sac, et
puis la Hai hai Lu, les Champs Elysées remixés dans un Times Square tu t’y méprendrais, s’il n’y avait quelques enseignes chinoises parmi les Starbucks, Miss Sixty, Lancôme, Chloé, Beneton,
Swatch, Paris Miki, Angel Garden, Sephora, L’amour, Dior, New yorker, Mango, Promod, Christine, Paris Baguette, Marco Polo, et puis « Chi Lulu Fuminu » la rue du bar sésam ouvre-toi où tu te
retrouves devant non pas une porte mais un jeu de cercles lumineux dont il faut trouver la combinaison secrète du bout des doigts pour que s’ouvre la paroi à droite entrée du fancy bar, et non le
miroir à gauche, mascarade, ces bars inévitablement où l’on rencontre Peter l’Italien et tous ces européens décontractés les yeux rouges les poches pleines de Yuans, les saladiers de glace
incrustés de dizaines de tubes de Vodka sucrée qu’on avale cul sec parce que Ganbei ! , les clubs où l’on danse sur les tables même que ça fait peur d’y voir toutes ces chinoises accrochées
pendues aux bras d’élégants grands blonds dégueulasses mais qui suis-je pour juger, et aussi parsemées dans la nuit les red light des ruelles sombres comme à Amsterdam quand on s’était « égarées
» avec Laëti encore, ces jeunes et jolies filles aux jambes nues derrière la vitrine les lèvres entrouvertes leur regard bien profond planté dans le tien, Shanghai fever, Shanghai for ever, une
longue nuit à Shanghai, j’ai goûté le parfum d’une peau mate elle était pour moi you’re so sexy he would keep saying mais je n’ai pas su apprécier on ne passe du coq à l’âne comme ça je n’y
arrive pas vais-je un jour en finir avec toi me débarrasser de toi dans les pores de ma peau tout au fond de la Chine si loin là-bas je te sens encore, pourquoi tu rappliques encore, j’ai versé
tellement de larmes pour toi mes yeux une fontaine inépuisable jamais je ne m’en sortirai de toi ? le lendemain les petits déjeuners cuisinés chacun notre tour l’odeur des œufs brouillés du bacon
et des toasts, des fruits du dragon comme au Vietnam toujours sauf qu’à Shanghai ils sont roses à l’intérieur et des pastèques et des mangues encore plus sucrées qu’à Cuba, et la douche chaude et
Gonzales au piano dans le salon devant la toile de Dong et la main de Dong sur mon épaule et les salons de massages où il faut se mettre en pyjama devant Dong et Claudia et on est tous les trois
allongés en rang d’oignon la tête dans un trou ça fait mal et ça fait du bien en même temps, le cinéma climatisé popcornisé pire que dans les salles américaines, « Velvet » un film sacrément beau
et juste et sévère et sensible dans d’autres temps d’autres contrées de la Chine qu’il me tarderait de découvrir, un jour peut-être, ainsi que le loft qui bientôt remplacera l’usine désaffectée
de Dong où avec ses amis artistes il compte construire des ateliers des galeries des cafés comme un Dashanzi à Pekin mais en beaucoup mieux, et la galerie française Island 6 où j’ai reparlé mon
dialecte pour la première fois depuis mon arrivée en Chine parce qu’on y était venu avec Les Cent et à l’époque la galerie, dans une bâtisse abandonnée au milieu d’un champ sauvage un terrain
vague avec rien derrière qu’on se demande vraiment où l’on est, à l’époque donc j’avais pris une photo, assez frappante et décalée et j’ai repris une photo, avec le même angle, le même appareil,
au même moment de la journée, un an et demi après, 2000 appartements construits autour… 2000 que dis-je, en Chine les immeubles poussent plus vite que les champignons, et ils se laissent écraser
tout pareil sans demander leur avis aux pauvres gens regroupés là par familles entières depuis des générations, et des champignons à Moganshan il y en plein, ce quartier hip des galeries d’art
qui sont vraiment à gerber je ne peux me retenir des horreurs commerciales des copies au grand jour sans vergogne et des étrangers toujours prêts qui viennent flairer la belle affaire tu parles
d’une affaire, Shanghai, Shanghai, l’enfer et le paradis, la Chine, ce que cette ville me fascine, ce que je veux y retourner m’y plonger encore, trois jours avec Les Cent, cinq jours avec
Claudia et Dong, une longue nuit à Shanghai en hôtes privilégiées, Shanghai Shanghai, j’ai pris ce que tu m’as donné à voir, ton parfum aux mille odeurs incandescentes dont je n’oublierai pas le
goût…
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Des cœurs en pétards en bas de l’immeuble qui éclatent au petit matin.
Alignées, quatorze voitures noires aux vitres fumées ornées d’un gros nœud rouge. Pompons, feux et artifices. Démonstration frénétique. Rose bonbon et talons plastiques. Chirurgie
joyeuse de deux corps à marier.
Un autre monde, vraiment.
Dans le son des pétards les séparations comme des adieux dans un ciel acidulé.
Seule à la gare Sud de Shanghai—
les souvenirs heureux doivent-ils être tus ?
Je restai là dans cette salle d’attente comme au tout premier jour quelques heures après avoir atterri, et je ressentis déjà combien tout avait changé, la mi-septembre si loin.
J’étais heureuse et fière d’être seule à travers cette foule noire, les haut-parleurs, les odeurs de soupe et de parfum, les sacs dans les jambes, j’avais fait mon grand saut dans le vide, le big
bond en avant, celui du lapin malin qui me suit toujours, les tortues avec et tout le reste ; je ressentis que j’aurais pu commencer alors une longue période chinoise afin de prendre le temps de
vivre enfin la Chine, à fond, je ressentis qu’à peine y aurais-je goûté dans son essence je me retrouverais à nouveau dévastée par le fait de devoir quitter le pays, rentrer, recommencer,
repartir encore, une nouvelle histoire, autre part, loin toujours, tout au fond de moi.
La gare Sud de Shanghai est comme la gare de Delhi sauf que ça n’a rien à voir. Autant de monde, autant de bruit, autant d’étrange et d’étrangers, tout ce dont vous avez besoin
pour vous sentir complètement perdu, mais la Southern Railwail Station est on ne peut plus moderne, si grande et propre qu’elle ressemble à un aéroport, tandis qu’à Delhi on se retrouve dans un
temps oublié, des familles par paquets semblent habiter le sol puant et squatter là jour comme nuit en attente d’un train salvateur qui ne viendra jamais.
Ici la foule remue et respire d’un même cri, la salle d’attente se remplit jusqu’au dernier recoin respirable et tout d’un coup la voix que je ne comprends pas dans le haut-parleur
commande la masse robotisée, la salle se déverse sur le quai aussi long qu’une piste de décollage, et moi, mon ami Mac sur les genoux, j’attends tranquillement que chacun ait trouvé sa place dans
le train pour après le flux de la cohue enfin quitter la salle d’attente où ne restera qu’une vague odeur shanghaienne à peine perceptible.
Dévastée par cette nouvelle réalité qui me sautait en pleine figure— j’avais eu tant de mal à m’y faire à cette Chienne de Chine et je m’apercevais maintenant combien je ne voulais
pas la quitter, rentrer bientôt déjà, le temps allait passer si vite— je faillis louper le train en direction de Hangzhou, je n’avais vraiment pas envie de quitter Shanghai, je crois, à ce
moment-là.